Des acquis malgré la persistance des défis
Le Sénégal s’est résolument engagé sur la voie d’une transformation structurelle en faisant du capital humain un des piliers de sa politique de développement économique et social. A ce titre, l’inclusion sociale et la promotion de l’équité et de l’égalité de genre apparaissent comme des défis majeurs. Mais des avancées et acquis sont notés dans le domaine de l’accès aux instances de décision malgré la persistance de disparités dans certains secteurs.

Le budget genre fait partie des documents annexés au Projet de Loi de Finances (PLF) initiale de 2024. Cette initiative s’inscrit dans la logique de rendre effective l’égalité entre les femmes et les hommes, en se référant sur la Stratégie nationale pour l’Équité et l’Égalité de Genre (SNEEG). La prise en compte de l’aspect genre dans les politiques étatiques permet également de faire du Sénégal un pays émergent à l’horizon 2035 avec une société solidaire dans un Etat de droit, sans discrimination, où les hommes et les femmes ont les mêmes chances de participer à son développement et de jouir des bénéfices de sa croissance.
Rappelons que ce budget consacré au genre est élaboré dans un contexte marqué par les crises multiples, notamment les impacts socioéconomiques de la COVID-19, les effets des changements climatiques et les conséquences du conflit russo-ukrainien pouvant compromettre les efforts publics initiés dans le cadre de l’exécution du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Nonobstant ce constat, le ministère des Finances et du Budget, à travers le budget de l’Etat, compte jouer sa partition pour une opérationnalisation effective de la SNEEG à travers l’intégration de la dimension genre dans la chaine Planification Programmation-Budgétisation-Suivi-Evaluation (PPBSE) pour sa meilleure prise en compte dans les politiques publiques : la Budgétisation sensible au genre (BSG). Le document budget genre est requis pour réussir les conditions nécessaires à l’effectivité des engagements du Sénégal en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et plus particulièrement les articles 1 et 7 de la Constitution. Le présent document, annexé à la LFI de 2024, est bâti autour de deux axes majeurs: l’opérationnalisation de la dimension genre et le rapport budgétaire genre des différents départements ministériels.
Concernant l’opérationnalisation de la dimension genre, son effectivité s’est matérialisée par des acquis notés dans le domaine de l’accès aux instances de décision malgré la persistance de disparités dans certains secteurs.
Avec l’introduction de la loi sur la parité en 2010, le Sénégal a été l’un des pionniers dans la représentation politique des femmes au Parlement. En 2022, il est entré dans l’histoire avec la plus forte proportion de femmes parlementaires jamais atteinte en Afrique de l’Ouest. C’est également grâce à l’application de la loi sur la parité que la proportion des femmes députés est passée de 18,7% à 44,2%, entre la 12éme et la 14éme législature, soit une hausse significative de 25,5 points de pourcentage sur une période de 13 ans. Au niveau de la Cour des Comptes, sur un total de 46 magistrats (année 2022), seules 5 sont des femmes, soit un ratio de 11% avec 3 femmes parmi les 11 conseillers référendaires et 2 parmi les 21 conseillers.
Néanmoins, des efforts restent à faire dans les secteurs de l’éduction et du commandement territorial. Au niveau de l’éducation, des résultats mitigés sont notés au niveau du concours général 2023 pour les filles avec 2/3 des prix dans les domaines de l’électronique et de l’électrotechnique, 0/3 pour les mathématiques, 5/5 pour les sciences de la vie et de la terre, 5/5 pour les sciences économiques, 0/4 pour la construction mécanique. Concernant le commandement territorial, la représentation des femmes reste faible avec trois (03) femmes gouverneurs de région sur quatorze (14), 07 adjoints au gouverneur sur 28, 03 préfets sur 46, 06 adjoints au préfet de département sur 46, 06 sous-préfets d’arrondissement sur 127 et 08 adjoints sous-préfet sur 127.
Les autres avancées résultent, entre autres facteurs, de la mise en place d’un dispositif juridique en faveur de l’égalité des sexes et de la promotion des droits fondamentaux des femmes et des filles. Dans ce dispositif, figurent la Convention sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF) de 1979, le protocole à la Charte africaine des Droits et des Peuples relatifs aux Droits de la Femme en Afrique de 2003 (Maputo), la Déclaration solennelle des Chefs d’Etats et de Gouvernements sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique, les Objectifs de Développement Durable (ODD), l’Agenda 2063 de l’Afrique et l’acte additionnel pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes pour un développement durable dans l’espace de la CEDEAO.
Au niveau national, en plus de l’arrimage de la SNEEG II au PSE, la prise en compte de la dimension genre a été érigée en critère d’éligibilité des projets dans le PAP 2. En outre, la Constitution de la République du Sénégal révisée pose le principe de l’égalité de l’homme et de la femme devant la loi, notamment, en ses articles 1 et 7. La deuxième partie du budget genre annexé à la LFI de 2024 est réservé au bilan consolidé des réalisations 2022 et à mi-parcours 2023 à travers les trois secteurs (souveraineté, sociaux et économiques). Pour le secteur de souveraineté, en dehors des institutions constitutionnelles, il regroupe la sécurité, la justice, les affaires générales, l’économie, les finances et les actions extérieures. Le volet social regroupe l’éducation et la formation, la santé, le développement social, les loisirs et le cadre de vie. En matière de Santé, un bilan satisfaisant est noté avec un taux d’exécution de 75% atteint avec la mise en œuvre de diverses activités prévues. L’économie englobe l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’environnement, les infrastructures et services de développement.
Malgré le bilan satisfaisant enregistré grâce aux politiques mises en œuvre, des contraintes sont relatives aux inégalités sont constatées. Elles concernent principalement le faible taux de représentativité des femmes au niveau des instances de prise de décision, à leur faible participation à la vie économique et politique du pays.